Nouveaux médias et nouvelles pratiques d'écriture

La saisie informatique

Outre la gestuelle propre au clavier (et à son impact sur l’apprentissage – cf travail de Velay & Longcamp, 2005), les touches du clavier autorisent des opérations d’écriture qui n’existent pas avec les médiums traditionnels : touches spéciales (CTRL, TAB, SHIFT, flèches directionnelles) et leurs combinaisons (dont le copier-coller CTRL C – CTRL V). Les touches du clavier interviennent à la fois pour composer le texte (comme une succession de caractères) et pour effectuer des opérations sur ce même texte (copier, coller, mettre en forme, rechercher – remplacer, etc.)

Expérimentations

Augmenter : (à développer) Focus sur les touches et combinaisons de touches qui « n’existent pas » dans la pratique de l’écriture papier (touche CTRL, touche SHIFT, touche TAB, etc.) – là où le caractère ne devient plus signe mais commande
→ comment pointer ces spécificités sur le papier ? quel sens prennent-elles dans la pratique manuelle de l’écriture ?

Stocker : (à développer) Quels sont les contenus successifs d’un presse-papier ? (voir s’il est possible de le stocker dans un fichier pour le restituer au bout d’un temps donné)

Le mouvement

L’écriture manuscrite est liée au geste et à la mémoire procédurale. Dans les mécanismes d’apprentissage, la mémoire du geste est sollicitée pour mémoriser et identifier les caractères (cf Velay & Longcamp, 2005). Par ex., les Japonais ont recours au geste pour accéder au sens d’un caractère kansei. De la même manière, certaines personnes éprouvent le besoin d’écrire un mot pour en retrouver l’orthographe. Le geste intervient aussi dans le domaine du jeu, lorsque les enfants s’amusent à se faire deviner des lettres en les traçant dans le dos.

Expérimentations

Épeler : Alors que les nouvelles interfaces valorisent le geste (tactile) et le mouvement (Kinect), peut-on écrire avec son corps ? Ce champ pose la question de l’épellation : décomposition du mot en sons ou en gestes.
→ l’écriture du corps avec un alphabet corporel (référence au morse, au sémaphore, etc., mais également au jeu de reconnaissance visuelle – cf jeu présenté à la Gaîté Lyrique, dans lequel des joueurs doivent reconstituer une une forme (par ex. un éléphant) par une posture du corps devant la caméra

Provoquer : En référence aux programmes proposés dans le livre Design Génératif, créer une interaction entre le geste / la voix / le mouvement (etc.) sur la police / la mise en forme / la couleur / la taille (etc.) des mots affichés à l’écran – et pourquoi pas influencer le contenu des mots affichés

Croquer : (à développer) Le texte peut-il saisir sur le vif de la même manière qu’un dessin ? Qu’est-ce qu’un croquis textuel ? (éventuellement faire contribuer plusieurs personnes)

Incarner : Quel matérialité le numérique offre-t-il au texte ? Sous quelle forme matérielle peut-on restituer un texte numérique ? Existe-t-il d’autres voies que l’impression ?
→ (à développer) impression papier, découpe laser, découpe vinyle, synthèse vocale

Écriture et identité

Le terme « écriture » renvoie, entre autre, à la manière personnelle qu’une personne a de tracer les caractères, et plus généralement de s’exprimer par le trait (écriture, mais aussi dessin). Cet aspect de l’écriture renvoie à la graphologie (on peut, à ce titre, se poser la question du devenir de la graphologie dans un monde où l’écriture est majoritairement produite par ordinateur : la graphologie se résumerait-elle donc à l’étude de la manière dont une personne organise sa page ?). Sans aller dans des considérations techniques propres à la graphologie qui dépasseraient le cadre de ce travail, il peut être intéressant d’envisager l’écriture manuscrite en lien avec la personnalité de l’individu. Dès lors, les éléments de l’écriture qui entrent en résonance avec l’individu sont non seulement sa façon de tracer les lettres et de dessiner, mais également son geste, son stylo, son support d’écriture, sa pratique de l’écriture (temporalité, environnement, rituels, etc.).

Expérimentations

Rencontrer : « Dis-moi quel est ton stylo et quelle est ton écriture, et je te dirai qui tu es ? » → galerie de portraits associés à l’outil (stylo et support favoris) et à l’écriture (extrait d’un carnet ou d’une page manuscrite) : comment l’écriture raconte-t-elle les individus ? quelles rencontres nous ouvre-t-elle ?

Le support de l’écrit

Le texte s’inscrit dans la matière – traditionnellement le papier, mis en forme dans une affiche, un livre, un carnet, etc. Les tentatives de transposer le livre papier vers le livre numérique provoquent encore des réticences de la part du public. L’association matériel (le support) / immatériel (le flux de texte affiché à l’écran) déroute, car elle met sur un même plan deux niveaux de réalité différents (la pérennité d’un support tangible et l’évanescence d’un texte mouvant).
La question du support numérique / papier souligne par ailleurs le caractère sacré du livre, l’« interdiction » d’écrire sur un texte imprimé et la possible transgression de cet interdit sur des feuilles volantes (par ex. des feuilles imprimées qui sortent de l’imprimante).

Expérimentations

Interférer : Quels rapports entretiennent le support et le contenu ? Peut-on agir sur le contenu en agissant sur le support ? (référence au travail de John F. Simon sur l’hybridation, au livre numérique pour enfants Unwanted Guest dans lequel l’inclinaison de la tablette a un effet sur l’affichage de la typographie).
→ (à développer) expérimentation mêlant numérique et objet : par ex. on joue avec le cadre et on obtient des choses à l’écran, on joue avec l’écran et on obtient des choses à l’impression (créer un décalage, par ex. imprimer un texte au lieu d’un autre, restituer une écriture manuscrite au lieu d’une écriture typographique, etc.)

Posté par jfgleyze

jfg