Nouveaux médias et nouvelles pratiques d'écriture

Petit Victor, 2012. Apprendre à écrire le numérique. Séminaire préparatoire aux Entretiens du Nouveau Monde Industriel, ENSCI-Les Ateliers, Paris, 29 mars 2012

Victor Petit évoque les expérimentations qu'il a menées en classes de collège autour de l'écriture numérique et de sa portée dans les processus d'apprentissage.

L'écriture numérique dépasse les schémas traditionnels en ce sens qu'elle n'est plus seulement le pendant du langage (outil de retranscription du langage) mais le révélateur du milieu technique (écriture comme finalité, comme information en soi).

Dans ces expérimentations, l'utilisation d'outils d'écriture collaborative (de type Etherpad) permet aux élèves de prendre conscience des spécificités de l'écriture numérique et, en filigrane, de mener une réflexion sur l'environnement numérique (information, communication, collaboration, etc.)

Notes de lecture 

Deux attitudes très fortement opposées à propos de la lecture numérique à l’école :

  • d’un côté, le fait d’envisager les machines comme de simples moyens et donc de considérer la littérature comme étant seule légitime ;
  • de l’autre, la peur que les machines prennent la place des professeurs.

Concept de la culture technique : pourquoi introduire la question de l’écriture numérique dans les cours de lettres au collège ? → la pratique de l’écriture numérique permet des allers-retours entre lecture et écriture – il s’agit de :

  • sortir de la conception traditionnelle logocentrée de l’écriture comme simple retranscription de la parole,
  • sortir de la conception représentationnelle du langage,
  • sortir de la conception instrumentale de la technique comme un moyen (et non comme un milieu).

Le milieu Internet est invisible comme tel : « l’homme ne voit pas son milieu technique : il voit avec ou selon lui » (la technique est caractérisée par son oubli). La culture technique intervient justement pour rendre visible le milieu, lui rendre son épaisseur, lutter contre l’illusion d’immédiateté. La médiation révèle, elle fait comprendre la spécificité de tel ou tel algorithme (en l’occurrence l’algorithme de Google).

L’écriture numérique donne à penser et à réfléchir autour du numérique. Le milieu n’est pas un moyen : Internet n’est pas un moyen pour diffuser de l’information, c’est aussi la fin, c’est-à-dire l’information technique et sociale elle-même.

Contexte du projet

Traditionnellement, l’enseignement du numérique à l’école ambitionne de former aux usages, à la pratique : ce positionnement repose sur l’idée selon laquelle la fracture numérique est due à des inégalités d’infrastructure et d’équipement. Pourtant, la plupart des collégiens auxquels on s’adresse connaissent très bien l’outil numérique – en revanche, ils n’ont pas forcément la culture du numérique. Un collégien qui blogue ou qui tweete est un « alphabétisé » du numérique, mais il n’est pas pour autant un « lettré du numérique » en ce sens qu’il ne comprend pas le statut de la lettre numérique, le statut de la trace de l’écriture.

→ travail autour, non pas de la distinction alphabète-analphabète, mais de la distinction alphabète-lettré

But du projet

Aborder le numérique à travers la notion d’écriture = comprendre pourquoi l’écriture est informée par la technique et pourquoi les dispositifs techniques sont informés par l’écriture. Travail de réflexion autour des spécificités de l’écriture numérique pour faire réfléchir au numérique lui-même.

Expérimentation

→ réalisée avec le logiciel libre Etherpad d’écriture interactive et collaborative.

Une page de traitement texte avec une fonction chat, sur laquelle on peut écrire à plusieurs, en synchronisés, avec des codes couleurs de sorte que l’on sait qui écrit quoi.

Ce logiciel est introduit dans une classe, on demande aux élèves d’écrire un texte à plusieurs. Des dynamiques d’écriture se mettent en place, on observe notamment que des élèves écrivant peu d’habitude s’y mettent plus volontiers avec cet outil. Par ailleurs, l’outil permet de sensibiliser les élèves à des œuvres littéraires numériques.

Victor Petit travaille actuellement sur un module intitulé « L’écriture des traces ».


Commentaires sur Apprendre à écrire le numérique (Victor Petit, 2012)

Poster un commentaire







jfg